jeudi 13 juillet 2023











« TENTATIONS »

 

Peintures et gravures inspirées de 

La Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert

 

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FABRICE BEGHIN

 

Exposition à la Halle aux Grains de Saint-Junien (87)

du 8 juillet au 9 septembre 2023







  

 

 

 

 

NOTE D’INTENTION

 

 


SAINT ANTOINE

 


Le saint Antoine historique


Claudine Gothot-Mersch, spécialiste de Gustave Flaubert, écrit dans la préface de La Tentation de saint Antoine : « Le saint Antoine historique vécut en Égypte, dans le désert, à la charnière des IIIème et IVème siècles. Alexandrie était alors une sorte de creuset religieux, où se mélangeaient les anciens cultes païens et les diverses tendances de la chrétienté naissante ; Antoine y fut mêlé aux conflits théologiques qui opposaient les chrétiens orthodoxes et les Ariens… ».

 

 

La Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert


Plusieurs ouvrages de Gustave Flaubert, dès 1837, sont préoccupés de l’Enfer et de la confrontation avec le Diable (Voyage en Enfer, Rêve d’Enfer, Smarh).

 

Lors d’un voyage à Gênes en 1845, Flaubert voit le tableau de Bruegel La Tentation de saint Antoine et envisage alors l’écriture d’un texte théâtral sur le sujet.

 

L’œuvre, fortement inspirée par ses lectures sur les débuts du Christianisme, est conçue en trois étapes (1849, 1856 et la version définitive en 1874). « C’est l’œuvre de toute ma vie » dira l’écrivain.

 

Au début de la pièce, Flaubert décrit le monde désertique dans lequel évolue l’ermite. Antoine est en proie aux doutes. Un long monologue désespéré précède les premières hallucinations. Celles-ci se succèderont pendant toute la durée du livre. De chaque voyage intérieur naissent (dans différents décors) de nombreux interlocuteurs parmi lesquels des prophètes, des hérétiques, des personnages légendaires mais également le diable, sous toutes ses formes…




 

PEINTRE D’HISTOIRES

 

Par quels cheminements un peintre du motif entreprend-il de produire des histoires ?

 

Au milieu des années 90, j’étais presque exclusivement occupé par la représentation de paysages urbains, démarche entrecoupée de quelques parenthèses consacrées à la littérature (1995 – La  grande peste, extraite des Géorgiques de Virgile ; 1997 - Nord, d’après le roman de Céline). 

 

En 1998, le besoin d’une coupure vis à vis du motif se fit sentir pour moi. Une porte d’entrée vers la peinture d’histoires s’est ainsi ouverte avec l’ouvrage d’Homère, l’Iliade.

Ce premier accès -à plein temps- vers des textes mis en images, s’est fait durant une année, exclusivement consacrée à cet univers violent et masculin.

Ma soif de raconter des histoires en peinture n’était cependant pas étanchée par ce sujet. Elle souhaitait bifurquer vers un récit plus ouvert sur le désir et où l’accès à la spiritualité aurait un rapport plus étroit avec ma propre culture.

 

Mon choix s’est alors porté sur La Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert découvert au hasard de mes déplacements en bibliothèque.

 

 



LA MÉTHODE

 

Comme beaucoup de peintres, j’ai pu souvent dire « Je n’ai aucune imagination ! ». Et je suis sincère en voulant parler ainsi de mon incapacité à produire un dessin sans observer la nature.

 

Pour m’adapter, il m’a fallu trouver une méthode d’observation de mon sujet, une autre façon de traiter « le motif » à partir de mon livre ouvert. 

 

Le travail s’est fait en trois étapes :

 

1. Les premiers dessins, aller-retour entre les mots du récit et les lignes colorées posées sur le papier. Il s’agissait d’une lecture illustrée permettant un découpage du récit et également une sélection des scènes retravaillées ensuite.

 

2.  Les gouaches ou pastels, prise de distance par rapport au livre. Elles ont entamé d’autres réflexions sur les techniques ou le format adaptés au sujet. 

 

3.  Les peintures ou les gravures, aboutissement du travail.  

 

 

 

 

LES PEINTURES ET LES GRAVURES

 

Les peintures à l’huile et les plus grandes gravures sont l’aboutissement de la méthode décrite plus haut. 

 

Tout le contenu de ces œuvres (format, composition, compréhension du sujet…) a été la conséquence directe des recherches déjà mentionnées. En même temps, elles restent ouvertes aux inventions propres à la peinture ou aux enjeux techniques de la gravure. 

 

Ainsi, le récit s’est incarné dans un temps d’exécution plus long. Notre monde quotidien a eu le temps de se substituer à celui de Flaubert. Les personnages du récit, le décor prennent la forme d’hommes et de femmes d’aujourd’hui représentés dans un univers contemporain.

 

La ferveur reste présente cependant.

 

La pièce fait défiler des personnages parfois solitaires, parfois en foule, tous animés par une grande inspiration religieuse. Les situations représentées sont inspirées, violentes ou totalement grotesques. 

 

Une impression d’excès se dégage de l’ensemble de ces représentations et par bonheur l’humour, souvent présent dans le récit de Flaubert, nous donne la distance nécessaire pour les observer.

 

Comment ne pas voir dans la croyance exaltée des personnages en leur héros ou dans leur volonté d’une représentation idéale du monde, un sentiment universel d’humanité un peu caricaturée dans son émouvante quête de sens ?











LES DIEUX DU MARIAGE




 

Les dieux du mariage,   2000,  130x162cm,   huile sur toile




Dans ce passage, le cadre posé est celui d’une chambre. Le sujet propose l’idée de la vie domestique : l’hypothèse d’un mariage et de ses rituels païens. Le mariage n’a pas eu lieu et le lecteur oscille entre la présence réelle de Naemia, une vieille femme centenaire, et le récit d’une noce qui pourrait avoir eu lieu.

Apparaissent les Lares domestiques (ils étaient dans l’antiquité les petites divinités attachées aux objets du quotidien). Dans le récit de Flaubert, nous les voyons se plaindre de leur popularité déchue. Il est peut-être sous-entendu qu’une nouvelle foi a pris la place de ces vieilles croyances.

Les premiers dessins et les premières peintures que j’ai exécutées décrivaient la scène d’une manière fidèle au texte. Les soins appliqués à la mariée (description du récit) étaient peints ou dessinés  avec le corps d’une femme réelle manipulée ou stimulée selon l’érotisme contenu par les mots de Flaubert. Cependant, cette approche m’empêchait d’embrasser la suite du récit (l’apparition de Naemia  puis des Lares domestiques). 

Afin d’élargir ma capacité à contenir l’ensemble du passage, j’ai laissé le lit porter en lui toute la « chair » contenue dans le début du récit afin qu’y puissent circuler les acteurs impliqués dans toute la scène (dieux du mariage, Naemia et Lares domestique).






      Naemia,   2000,   17x21cm            Ossipago, Barbatus...,   2000




Les dieux du mariage,   2000,   29x33cm,   gravure






Naemia,   00 08 02,   50x65cm,   gouache





La préparation de l'épousée,   2000,   98x130cm,   huile sur toile
Première version des dieux du mariage

 





LES PATRICIENNES
SUR LES TOMBES 



Les patriciennes sur les tombes,  2000,  130x165cms, huile sur toile



Les Patriciens ou les Patriciennes dans la Rome antique sont les bourgeois, ceux qui s’élèvent hiérarchiquement au dessus de la Plèbe. On sait que les femmes de cette société ont beaucoup contribué à la diffusion du christianisme.

Ce tableau est un des premiers que j’ai réalisé de manière aboutie.

Il décrit un rassemblement religieux et festif fait à la mémoire des martyres chrétiens. Les dialogues témoignent de la vie que mènent ces femmes. Il raconte la façon dont leur engagement chrétien impacte leur couple ou leur relation avec la religion païenne qu’elles rejettent.

Les reliques, le sang sont les outils indispensables à l’organisation de ce rituel qui finit par basculer ici dans des débordements érotiques.

Le décor décrit par Flaubert est celui d’un cimetière abandonné. Mon imagination n’a retenu que le caractère de terrain vague, de zone à l’abandon.

Au fond de cette clairière, nous entrevoyons le gymnosophiste qui fera son apparition juste après ce récit.




Deux gouaches pour Les patriciennes,  30x36cm,  2003





Les patricienne sur les tombes 30x25cm Gravure





L'INVASION DES SOLITAIRES 



L'invasion des Solitaires,   2000,   130x162cm,   huile sur toile




Parmi les premiers moines en Égypte, les Solitaires faisaient le choix de vivre reculés dans les montagnes. Totalement à l’écart du monde, ils étaient réputés avoir une vie très austère. 

Dans son récit, Flaubert les montre se livrant à des scènes de pillage.

L’auteur commence son récit par la description d’une vue élevée sur la ville d’Alexandrie. La cité nous est décrite comme une riche et savante métropole. La vision éloignée permet une représentation détaillée de toute l’abondance acquise par cette société opulente et organisée.

Tout est fait pour que le chaos provoqué par la violence des Solitaires apparaisse dans toute sa barbarie à l’encontre d’un monde civilisé.

Ce passage du livre était pour moi  une occasion de retour à mes paysages urbains peints quelques années plus tôt. Avec quelques débordements cependant, les ambiances futuristes étant davantage la fruit de mon imagination que de ma mémoire.






L'apparition de Constantinoples,   2000,   17x21cm,   dessin







Le port d'Alexandrie, 2000                   Tête de Solitaire, 2000






L'invasion des Solitaires, 2000, 30x36cm, gravure sur cuivre





L'ombre du diable



L'ombre du diable,    2000,   150x200cm,  huile sur toile 



Le fragment du livre ayant servi pour la réalisation de cette peinture est l’apparition du diable accompagné des sept péchés capitaux. Le récit nous décrit l’événement comme s’il se produisait réellement, durant le sommeil de l’ermite, dans son environnement quotidien. 

Cette narration objective d’un fait surnaturel n’est pas courante dans la pièce où, le plus souvent, nous sommes témoin de l’hallucination d’Antoine dans un décor singulier.

Les lignes qui suivent ce premier tableau nous le démontrent, Antoine basculant tour à tour dans un délire nouveau (un pour chacun  des péchés capitaux).

Saint Antoine est représenté ici, endormi sous l’apparition du diable entouré des sept figurines. C’est le seul tableau où il apparaît dans son décor classique d’anachorète.





Antoine endormi,   2000,   17x21cm,   dessin




La médaille,   2000,   17x21cm,   dessin




Le couteau,   2000,   17x21cm,   dessin 






Antoine endormi dans la chaloupe,   2000,   14x18cm,   gravure




Dans la basilique



Dans la basilique (à Saint-Junien), 2003, 114x1050cm, huile sur toile




Le passage qui est à la source de ce polyptique est à mon sens le point central de La Tentation de Saint Antoine. Il commence par une description plutôt pacifiée des lieux où se rassemblent plusieurs communautés de croyants. La forme devient ensuite plus théâtrale faite de multiples prises de parole entre les représentants des différentes sectes. Il se conclue par un grand mouvement de foule où les paroles déjà échangées se transforment en actes décousus et souvent violents.

Pour bien apprécier ce passage du livre de Flaubert, il est nécessaire d’être conscient du fait que les premiers siècles du Christianisme étaient agités par de nombreuses querelles sur la bonne façon de comprendre la parole du Christ. Les nouveaux convertis étaient encouragés à adopter des croyances ou des manières de vivre qui n’étaient pas encore reliées à une religion unique et stable. 

Pour mettre en forme ces pages, j’ai surtout utilisé l’introduction du récit (représentation du décor, lumière, couleurs de la langue de Flaubert…) et sa fin (découpage des actes attachés aux différentes sectes, mouvements des personnages…). 

Pour l’esprit, je me suis longuement imprégné des dialogues composant la partie centrale du récit, récoltant ainsi des détails sur le décor et  diverses informations ou impressions à propos des acteurs qui les animent.

Dans mon premier projet, cette peinture devait être une toile de très grand format. 

Mais, je concevais mal de cette manière les moyens par lesquels je pourrais rendre compte de la diversité des cas exposés et même de l’enchainement de leurs apparitions. 

La forme du polyptique a permis la proposition d’une séquence pour chaque mouvement religieux mettant en scène la singularité de ses manies.

Neuf tableaux ont été conçus faits pour être exposés sur trois niveaux (3X3) ce qui explique qu’ils aient plusieurs points de vue plus ou moins plongeants.

Lors de la deuxième exposition de cet ensemble au musée de Clamart, j’ai accroché sept d’entre eux sur une seule ligne et je me suis aperçu que cette exposition était la plus efficace. 





Dans la basilique (détail), 114x146cm



Dans la basilique (détail), 114x146cm




Dans la basilique (détail), 114x146cm




Dans la basilique (détail), 114x146cm




Dans la basilique (détail), 114x146cm








Petites gravures pour  Dans la basilique, 11x14cm, 2002








Les Herniens, 2001, 30x36cm        Helkésaïtes, 2001, 30x36cm








La pierre Kaulakau, 2002, 14x18cm, gravure








Les Audiens tirent des flèches contre le diable, 50x65cm, Gouache 




Saturnin, Antoine..., 2001, 50x65cm, gouache sur papier




Sur le lit des Marcosiens, 2001, 50x65cm, gouache sur papier








Quatre dessins, 2001, 17x21cm, crayons de couleurs



Le gymnosophiste


Le gymnosophiste, 2003, 200x300cm, huile sur toile


Les Gymnosophistes sont des philosophes indiens de l’Égypte antique. Ils vivent totalement nus poussant l’ascétisme à l’extrême. 

Cette scène fait immédiatement suite au passage des « Patriciennes sur les tombes ». Alors que le tableau précédent se déroulait dans la nuit, le nouveau décor se tient au soleil, ce qui amplifie la rudesse de condition du Gymnosophiste. Un fort sentiment d’orgueil se dégage du personnage : son long monologue le confirme. 

Alors qu’un peu plus tard dans le livre, Simon le Giton, Apollonius de Tyane, Isis… raconteront dans les détails la variété de leurs aventures, le gymnosophiste s’en tient à une expérience intérieure riche et contrastant fortement avec une existence matérielle minimaliste.

Pour cette peinture, je m’en suis tenu à la description des quelques lignes du début du récit. Le monologue qui suit n’a pu qu’à titre d’impression m’inspirer pour la mise en forme du personnage.







Le gymnosophiste, 2005, 37x57cm, gravure










Saint-Antoine auprès du gymnosophiste, 2003, 30x36cm, gouache 


Sous l'arène



Sous l'arène, 2004, 150x200cm, huile sur toile




Sont racontées ici les dernières heures de quelques chrétiens martyres, tenus en attente dans une geôle, avant leur persécution. Parmi les personnages qui entourent Antoine, des hommes,  des femmes, un vieillard. La plupart sont terrifiés par la mort qui les attend.

La description fait état d’une cellule située sous une arène. Une petite fenêtre à barreaux laisse entrevoir en contreplongée les formes elliptiques de l’arène. En même temps, une simple ouverture sépare cette assemblée des fauves qui doivent la dévorer.

Saint Antoine, présent dans ce tableau, ressent pleinement les sentiments des futurs martyres. Il entend aussi le consolateur chargé de leur donner du courage.

Celui-ci a un discours sans faille, totalement soumis à sa cause et manquant quelque peu d’empathie. On peut supposer qu’il n’est pas directement concerné par la mort qu’attendent les futurs martyres. 

Ma peinture s’est principalement nourrie des contrastes proposés par le récit. En premier lieu, la lumière met en opposition les ténèbres misérables de cette cellule avec la vie extérieure, ensoleillée et luxueuse. Par ailleurs les intérêts divergents qui relient les personnages présents dans la loge participent aussi de cet antagonisme.

 Il est intéressant d’observer que futurs martyres et lions tiennent des rôles complémentaires dans le théâtre qui se prépare. Ils  sont logés au même niveau, juste au dessous de la scène.







Sous l'arène (les 2 gouaches), 2002 et 2003, 30x36cm





Simon le magicien
Apollonius de Tyane
Bouddha
Isis



Simon le magicien, 2004, 146x81cm, huile sur toile




Quatre tableaux ont été réalisés dans le format et la configuration correspondant à ces deux peintures. Ils correspondent à plusieurs passages bien particuliers dans la pièce. Lors de chacun d’eux, Saint Antoine est confronté à un personnage religieux important et celui-ci nous fait un récit légendaire de sa vie.

Pour chacune de ces rencontres, Gustave Flaubert commence par une description détaillée du personnage, de ce qui l’accompagne et de l’environnement qui l’entoure. C’est ensuite que nous apprenons, de la voix de l’acteur, toute l’histoire de sa vie, depuis sa naissance jusqu’à son martyre, le cas échéant.

Ces quatre passages ont été l’occasion pour moi d’emprunter à l’art ancien les formes qui étaient les siennes (une œuvre centrale avec des prédelles) pour relater dans une seule peinture un récit fait de plusieurs épisodes… ou plus simplement de me servir un peu des règles les plus connues de la bande dessinée.

Le tableau central me permet de représenter la personne rencontrée par Antoine. Les prédelles me donnent les moyens de mettre en images le contenu de son discours.







Simon le magicien, 2004, 32x18cm, gravure sur cuivre










Apollonius de Tyane, 146x81cm, 2005, huile sur toile




Apollonius de Tyane, 32x18cm, 2005, gravure sur cuivre








Bouddha, 2005, 146x81cm, huile sur toile




Bouddha, 2005, 32x18cm, gravure sur cuivre








Isis, 2005, 146x81cm, huile sur toile




Antoine et Hilarion I




Antoine et Hilarion I, 2007, 520x195cm, huile sur toile



Dans l’histoire chrétienne, Hilarion a été un disciple de Saint Antoine. À plusieurs reprises, il apparaît dans La Tentation de Flaubert, notamment lorsqu’ils se rendent ensemble dans la basilique.

 

À ce moment du livre, Antoine est encore étourdi de sa récente rencontre avec Apollonius de Tyane. Il est ravagé et fasciné par la vision de cet homme qui a côtoyé tant de  Dieux et de croyances.

C’est alors qu’apparaissent à ses pieds quantité de petites divinités de toutes les cultures, de toutes les époques, jusqu’aux sources de l’humanité. C’est le moment que choisit Hilarion pour revenir à ses côtés.

 

Le récit se déroule en trois temps :

-       le premier, décrit plus haut

-      puis, faisant suite à la décrépitude des petites divinités, les apparitions simultanées d’Oannès et    d’Ormuz (Dieux archaïques du Moyen Orient).

-       Enfin, apparaît la Grande Diane d’Éphèse (Déesse grecque et romaine).

 

En 2005, j’ai envisagé le projet d’une peinture mettant en scène Antoine et Hilarion entourés des petites figurines décrites par Flaubert. Pour le décor, je souhaitais avoir en fond un paysage vénitien sur le motif duquel j’avais déjà souvent travaillé. Cependant, toutes les gouaches ou dessins faits sur place ne me donnaient pas les informations suffisantes pour la réalisation d’une peinture de format monumental.

Le recours à la photo s’est alors imposé et de nouveaux moyens techniques (l’image numérique) m’ont permis une autre organisation dans mon travail.

Cette nouvelle approche a profondément changé l’aspect des peintures qui ont succédé à celle-ci. 

Les oeuvres suivantes (Antoine et Hilarion II et La Reine de Saba) ont été conçues selon les mêmes méthodes et sont ainsi devenues de plus en plus naturalistes.




Antoine et Hilarion I à la Halle aux grains à Saint Junien



Antoine et Hilarion II




Antoine et Hilarion II, 2008, 375x178cm, huile sur toile




Comme on peut s’en  douter Antoine et Hilarion II est la suite immédiate d’Antoine et Hilarion I. 

Dès qu’apparaissent les lignes qui suivent, Hilarion prend la forme d’un séducteur. Le lecteur comprend vite alors qu’une des principales faiblesses d’Antoine est sa soif de connaissances. On observe par la suite que la science et le Diable sont curieusement mêlés dans cette histoire.

 

Comme dans ma première représentation d’Antoine et Hilarion, cette peinture a été une belle occasion de prolonger mon observation des collines vénitiennes. 

Dans le premier triptyque, je disposais d’une vue plongeante sur la plaine avec, sur les deux côtés,  les représentations verticales des collines en amont.

Dans cette peinture, un vallon se devine derrière le pré servant de premier plan alors que le regard nous invite à voir dans un axe horizontal le sommet de la colline qui nous fait face.

Hilarion portant Antoine sur ses épaules s’élève doucement au dessus de cet horizon sans que nous ayons à lever les yeux, suffisamment distants pour que nous soyons libres d’embrasser la totalité du paysage.

Un troisième épisode est en projet mettant en scène Antoine et Hilarion dans les ténèbres et entourés d’étoiles. Ce tableau n’a toujours pas été fait.

Mais il paraît que la Tentation de Saint Antoine de Flaubert est une œuvre sans fin…

Dont acte !






Études pour Antoine et Hilarion II, 2007, 2x(97x130cm), huile sur toile








Étude gravée pour Antoine et Hilarion II, 25x30cm, eau forte









Antoine et Hilarion II, 2008, 29x63cm, eau forte





Antoine et Hilarion I et II à la Halle aux grains à Saint Junien





La reine de Saba





La reine de Saba, 2011, 220x300cm, huile sur toile




Le personnage de la Reine de Saba arrive tôt dans le récit de Flaubert. Il apparaît parmi les autres péchés les plus courants incarnés dans le début de la pièce (colère, désir,  gourmandise…).

C’est plus loin dans le récit que l’on perçoit les tentations qui auront le plus d’emprise sur l’anachorète, notamment son orgueil et sa soif de connaissances.

 

Si j’ai choisi tardivement de me lancer dans ce passage du livre, c’est qu’il se prêtait bien aux défis naturalistes déjà abordés dans les tableaux : Antoine et Hilarion I et II.

Ma volonté était de basculer dans un monde urbain et d’imaginer un environnement où la pauvreté et l’isolement se feraient au cœur de la ville.

 

Pour la préparation de la Reine de Saba, j’ai longtemps attendu de trouver une femme pouvant incarner la personne à la fois irradiante et un peu ridicule que décrivait l’auteur de la Tentation. C’est dans un magazine que j’ai trouvé la Reine de Saba qui me conviendrait  ainsi que ses accompagnatrices.

Le reste de la cour est inspiré de personnes photographiées dans la rue pour l’occasion.

 

Pour moi, la Reine de Saba était un personnage important se rendant dans le squat isolé d’un ermite. J’ai beaucoup sillonné plusieurs quartiers de Saint Denis pour capter les éléments d’un décor que j’ai ensuite assemblés pour composer ce paysage.







Deux eaux fortes préparatoires, 2010, 13x10cm






Première étude, 2009, 21x17cm, eau forte






La reine de Saba, 2011, 37x50cm, eau forte et burin







Peinture préparatoire pour La reine de Saba, 2010, 98x130cm





Biographie de l’artiste


 


« La beauté intraduisible du monde, mon amour des images m’ont donné, dès l’adolescence, la passion de la peinture et la vocation du métier de peintre.

 

Les défis qu’implique la peinture sont venus ensuite, avec la prise de conscience des enjeux de l’art contemporain et la surprise de découvrir ce que pouvait représenter cet exercice à plein temps. »

 

Fabrice Béghin passe son enfance dans le sud de la France. C’est là, dès l’adolescence, qu’il est conquis par l’univers de la peinture. Il la pratique seul avant d’entrer à l’école des beaux-arts de Perpignan. 

 

Il découvre les pratiques artistiques de son époque et oriente ses recherches vers le minimalisme dans un premier temps, puis vers l’expressionisme. Il est alors marqué par des artistes tels que Donald Judd, Jean-Luc Wilmouth, Joseph Albers, Willem de Kooning…

 

À la fin de sa formation, la découverte du travail de l’artiste Vincent Bioulès, puis un long séjour au Burundi vont remettre en question les certitudes de son apprentissage. 

 

L’observation de la lumière, le chant de la nature, lui remettent en mémoire les raisons profondes de sa vocation. D’autres défis s’imposent à l’artiste qui, reliés à ses premières recherches, lui permettent de construire une peinture figurative singulière.

En 1984, Fabrice Béghin s’installe à Paris. Ses préoccupations l’engagent dans les domaines suivants :

 

-       Portraits et premiers sujets religieux (1985-1993)

-       Paysages urbains (1993-1998)

-    Sujets littéraires (1998-1999, L’Iliade d’Homère), (2000-2010, 

     La Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert)

-       Nouveaux autoportraits et figures (2008-2018)

-       La mer (2016-2023)

 

Fabrice Béghin a fait de nombreux voyages en Europe et en Afrique. Il a parcouru la France à pied pour des voyages d’étude (Cherbourg-Montpellier, 1993 ; Transjurassienne, 1994)

 

L’artiste entretient un lien fort avec la littérature et le cinéma. Il lit à plusieurs reprises les œuvres intégrales d’Émile Zola, Marcel Proust, William Faulkner… 

 

Ses affinités artistiques vont vers la peinture française (Poussin, Chardin, Watteau, Cézanne…), sans oublier les grandes écoles espagnoles et italiennes (Vélasquez, Le Greco, Véronèse, Bellini…) et de grandes rencontres telles que le Retable d’Issenheim, à Colmar. 

 

Fabrice Béghin vit et travaille à Paris et au Guilvinec (Finistère).  Il enseigne la peinture et la gravure à l’Ecole d’Arts Plastiques de Saint-Denis (Seine Saint-Denis).



                                      


Démarche artistique



 

Une de mes principales obsessions artistiques touche à l’idée de la connaissance dans un sens large. J’aime à penser que la peinture est une philosophie… celle d’avant les mots.

 

L’organisation de mon travail découle directement de cette idée : capter de l’information et faire de la peinture avec ça.

 

Rien d’étonnant alors que la première moitié de mon temps artistique soit consacrée à noter ce qui est « au monde » et à le retranscrire sur du papier (notes écrites, dessins ou aquarelles sur le motif, estampes…).

 

De cette prise d’informations, qu’elles soient de nature esthétique, littéraire ou sociale, découle une deuxième activité : la fabrication du tableau qui est en quelque sorte la mise en ordre esthétique des captations qui précèdent.

 

Ainsi, la peinture, mais également la gravure, sont l’aboutissement de cette démarche. Elles se construisent parallèlement, rivales ou partenaires, et s’instruisent mutuellement de leurs découvertes. 

 

Les peintures sur toile ont des formats souvent imposants. Elles portent sur elles les marques d’une gestation lente. 

 

Les gravures d’atelier ont la même gravité que les peintures, le défi technique relevant, ou du format, ou de l’usage de la couleur (impliquant la démultiplication des matrices).

 

Dans cette organisation, la question du sujet est une variante importante, mais non essentielle. Des périodes de mon travail sont consacrées aux portraits et aux figures ; d’autres moments me mettent au contact des paysages urbains ; ou encore, le livre ouvert, j’explore des textes fondateurs (L’Iliade d’Homère, La Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert).





Principales expositions de groupe


1982   Germinations – Paris et Berlin

1986   Galerie Jean Peyrole – Paris 

1992   Maison des Sciences de l’Homme – Paris

2001   Autour de Vincent Bioulès – Lorient

2003   Fondation Florence – Paris

2004   Arsène Bonafous-Murat – Paris

2015   Salon Mac Paris – Paris



Principales expositions personnelles


1983   Centre culturel français – Bujumbura, Burundi

1986   Cité Internationale des Arts – Paris

1990   Galerie Jean Peyrole – Paris

1996   Centre d’art Confluence – Paris

1998   Studio Théâtre – Asnières

1999   Espace Tristan Bernard – Paris

2001   Galerie HD Nick – Aubais

2002   Espace Piment bleu – Asnières 

2003   Espace Piment bleu – Asnières

2006   Musée d’Art contemporain – Clamart

2009   Atelier du Peintre graveur – Paris

2012   Source-Ouest – Versailles

2016   Atelier du Peintre graveur – Paris

2018   Atelier du Peintre graveur – Paris

2021   Manifestampe – Paris

2023   Tentations, la Halle aux grains – Saint Junien



Acquisitions publiques



1996    Bretelle à Gennevilliers   - Huile sur toile - Fondation Colas

1996    Annonciation du Pont de Clichy   - Huile sur toile - FRAC d’Île de France

2005    Amonaria - Huile sur tonneau - Domaine viticole de Puech-Haut

 


Distinction

 

2004   Prix de peinture Dumas Millier - Académie des Beaux-Arts – Paris

 


Résidences

 

2005    Peindre des histoires - Ecole des Beaux-Arts de Nîmes 

2023    Résidence à bord du BRF (bateau de ravitaillement des forces) Jacques Chevallier – Aspirant POM




vendredi 14 juin 2019



21 8 19   Guilvinec

Cette fois, la barque bleue s'engage, pleine face, vers la rive.
La dame assez jeune qui attendait sur la dune avec son petit garçon, tous deux équipés d'un fin gilet de sauvetage, s'est approchée du bord et a embarqué.
Le son du moteur, aigu, de petite cylindrée, s'éteint progressivement jusqu'à ce que l'embarcation, devenue minuscule, se rapproche de la ligne d'horizon.
Un autre est remonté à pied en tirant sa dérive jusqu'à la dune.
Ils ont commenté l'intérieur du seau et devisé du prix de l'écoute achetée le matin même.





Il arrive que ce soit le côté sombre de la serviette, le bleu outremer foncé qui soit visible sur le sable. Mais comme pour les bons jours, je vais parfois lui préférer la face bleu-vert, très claire, ressemblant un peu à la couleur d'un lagon.
Mais celle rappelant le grand large ou le bleu profond sous grand vent n'est pas mal non plus.







17 8 19
Belle parenthèse dans le temps, hier, pour cette journée occupée à rallier Nantes et son aéroport.
Ce qui aurait du être une corvée s'est plutôt transformé en une diversion clairsemée d'imprévus avec les ralentissements que nous avons commenté et les quelques arrêts.
Trois heures dans l'aéroport presque exclusivement occupées devant la baie vitrée à observer le trafic des avions décollant et atterrissant. Nombreux commentaires avec les deux enfants sur toutes les charge partagées entre les petits bonhommes oranges au sol à l'approche de chaque nouveau départ.
L'intrigue aussi, le drame dans un avion qui a beaucoup tardé à repartir, les aller-retour des hôtesses puis de la police sur la passerelle d'embarcation. Les dialogues mouvementés entre les policiers et le personnel naviguant jusqu'à ce qu'un homme soit emmené hors de l'avion.
Et tout cela sans le son, comme une sorte de cinéma muet des temps modernes.







3 8 18
Comment ces outils de notation devraient devenir ce qui précède la fabrication d'un tableau.
Que leur incertitude, leur fragilité restent lisibles dans l'écriture plus aboutie que constitue la peinture.





30 7 19
Le voyage en auto mène directement à Mont-de-Marsan.
L'escale de deux jours me montre les rues aux maisons basses et blanches avec quelques arcades qui me rappellent l'architecture des arènes.




Ensuite vient la Lozère avec ses pentes louvoyantes entre les roches, ses coloris vert-cru ou jaune-paille.
La route vers le Vaucluse est une infinité de petits virages serrés. La Lozère généreuse se métamorphose en peu de temps en une Ardèche plus sèche.
Et les routes droites de la plaine franchissent ensuite le Rhône. Le désordre s'installe pour quelques dizaines de kilomètres puis tout s'embourgeoise après Vaison-la-Romaine.
Panoramas magnifiques en allant vers Buis.






7 7 19 
A un moment donné de sa vie, il a pris sa plume et noté les choses exécutées, mais quelles choses ? Car elles sont innombrables et on se heurte, lorsqu'il s'agit de noter les choses faites, à le même difficulté que de noter les choses observées, à savoir délibérer de ce qui doit être mis de côté, c'est à dire à peu près tout.
Lorsque j'avais souhaité noter à Rouen, en 80 et 81, tout ce qui se trouvait m'environner, je m'étais déjà heurté à ce soucis de l'infinité des espaces et des instants.
Il en va de même d'un journal davantage tourné vers ses propres actes et pourtant l'expérience m'a montré que la démarche était utile et qu'elle profitait abondamment à l'organisation du travail, une sorte de ressort pour l'inspiration.










Ils arrivent, peu de temps après que je sois sorti de la mer, et pourtant il est déjà tard.
J'aimerais qu'ils aient eu l'idée de plonger en me voyant nager.
La fille peut avoir entre douze et quinze ans, mince comme une tige, les cheveux bouclés et des lunettes à grosses montures vissées sur le nez. Elle porte un bikini rouge.
Les parents sont sereins. Toute la famille y a été direct, avec quelques commentaires cependant sur la nécessité de se mouiller un peu avant.
La lumière est devenu transparente depuis un bon moment ; il pourrait bientôt être 21h.




29 6 19
Il a fallu vider la grande malle en tôle avant d'envisager de la transporter...
Sortir tous ces grands et moins grands blocs de dessins de mes débuts à Paris, dans les années 80. Mettre à jour les maladresses de ces dessins, des centaines de croquis s'agrandissant jusqu'au format raisin... ceux-ci relatant ma vie d'alors, les nus ennuyeux attrapés lors d'incursions clandestines dans les beaux-arts de Paris, les plus sympathiques portraits de copines et toutes ces tentatives de paysages dans Paris, avec ponts et jardins...








23 6 19 Buis
L'homme a son petit pendule suspendu au dessus de son journal.
Il en change aussi, pour un plus compact qu'il fait bouger dans un mouvement circulaire, au bas de sa fine chaîne.
Son apparence, sa position me rappellent "l'homme à la pierre Kalako", gravure que j'ai faite, il y a une quinzaine d'années, d'après un des passages de La Tentation de Flaubert.


2003  La pierre Kalako  Gravure




21 3 19
La nuit, au retour d'Asnières, apporte à maintes reprises sa dose de mystères, les troncs jaunis par les réverbères, les canards endormis sur les toits des péniches ... et jusqu'au quai du métro "Pont de Levallois", totalement vide et presque éteint.

3 1 19
Mink Snopes, le criminel du livre de Faulkner "Le hameau", vit un calvaire solitaire de plusieurs jours pour tenter d'échapper à la réalité de son crime et à ses poursuivants. Cela finit par sa capture suivie d'une violente tentative d'évasion.
Au soir de cette journée d'horreur, le cabriolet qui l'emmène arrive à Jefferson et voici ce qu'écrit l'auteur :
"Des hommes, revenant chez eux de leur travail, entraient par de jolies portes fraîchement peintes, et allaient vers des assiettes de nourriture et des tasses de café, dans le long crépuscule naissant."

4 1 19
... et de sa cellule, Minc aperçoit un groupe de prisonniers noirs que l'on emmène vers les cuisines :
"Est-ce qu'ils vont donner à manger à ces nègres avant d'en donner à un blanc ?" se demande-t-il en respirant l'odeur du café et du jambon.




Snopes : le hameau






Snopes : le hameau (pages 333-334)





Snopes : le hameau (pages 337-339)


Dans le grand silence du trajet de la ligne 9, au petit matin, quelques voix marmonnent des langues orientales qui pourtant portent fort comme une incantation...

mercredi 10 janvier 2018

31/12/18
La mémoire de ce qui reste, entre les moments de silences et le retour du bruit, des mouvements.
À l'extérieur, l'immobilité du paysage gelé, surplombé de brouillard.
L'absence totale de contrastes sur les arbres décharnés et l'herbe endormie par les quelques séjours brefs de la neige, alors qu'aux premiers plans quelques chaises et tables précèdent dans leur détachement plus sombre les contrastes plus forts encore du chassis quadrillé des fenêtres.


Linogravure 2019


27/12/18
C'était le voyage d'avant qu'on me pique la moto, le premier vrai, avec la première nuitée très fraiche sous la tente où il fallait enfiler tous les pulls l'un après l'autre et pisser souvent.
Mais ensuite, en Provence, le camping sur un sol trop dur pour les sardines était plus tiède, déserté et uniquement occupé par les derniers résidents qui ne sont pas si souvent des touristes.
On entre ainsi dans le quotidien et une sorte d'intimité de ceux qui gèrent l'établissement.

23 ou 24/12/18
L'alternance du gros "frout-frout", bruit que fait ma tête enveloppée dans son bonnet, enveloppé lui-même dans sa capuche, le tout émergeant des multiples cols. Cette mécanique coulissant, jonglant entre l'axe de mon motif et celui de la feuille de mon carnet.
(Bien noter aussi les "crics-crics" de mon crayon lorsque ma tête redevient immobile au-dessus de mon dessin).

8/11/18
Rare, extraordinaires, la perspective de deux livres penchés et alignés dans la rame du métro. Ils supplantent le geste en forme de quête (voire de communion) des corps rassemblés autour du téléphone mobile.







10/18
La succession de choses et de sons... et le nom des stations entendu sous tous les tons.
Des choses lourdes et rudes, et parfois comme un rêve, une chevelure longue et aussi blonde que le matériau le plus précieux.




10/9/18
Sur le chemin que je prenais pour me rendre dans le sud de la France, vingt ou trente années ont progressivement transformé l'approche du pont qui précède Sully-sur-Loire, le terre-plein aménagé avec rond-point et le banc où s'installer devant le fleuve me séparant du château.
La longue ligne droite parsemée de nouveaux commerces avec d'immenses parkings. Je n'y retrouve plus la réplique de la tour Eiffel qui trônait quelques dizaines d'années plus tôt dans un petit jardin devant la route.
J'ai voulu, chaque fois que je ne voyageais pas seul, faire partager cette courte étape qui signale pour moi le véritable cheminement vers le Sud.

Dans un restaurant de la Chaise-Dieu, les clients seuls sont mis à l'écart dans une minuscule salle où rien quasiment ne s'offre à la vue si ce n'est l'intimité d'un couple dont je perçois presque toute la conversation.
Retour au camping dans la nuit, encore plus désert et silencieux. Bien plus mystérieux et bien moins triste qu'une chambre d'hôtel. La douche dans les sanitaires sombres et déjà froids, seul et nu au milieu de nombreux lavabos avec l'eau un peu froide qui me revigore.

2/2/18
C'est l'âge d'or !
Tu prends ta voiture, tu l'allumes et elle t'emmène où tu veux, sans effort !


Portrait VI  195 x 130 cms  Huile sur toile  2017

1/2/18
Le bras tendu par la fenêtre de la rame, il se penche vers les voyageurs en sens inverse: "Je te transmets la parole !".

8 1 18
Ils avaient dû construire cette immense maison, à Saint Jean-le-Thomas, au début du XXème siècle.
La serre était en contrebas de la propriété. J'y allais dessiner, comme par le devoir d'en faire usage, puisqu'elle disposait de sujets tout préparés, prêts à être représentés, plantes dans des pots, autant de Matisse que je m'appliquais à introduire dans mes carnets.




28 12 17
Le petit déjeuner dans la grande salle du château de Lagardelle.
Les petite tables carrées couvertes de plastique transparent et les modestes bols, thermos...


vendredi 15 décembre 2017




5 / 8 / 17
C'est un climat qui produit des paysages économes qui s'accommodent assez mal du tourisme rapide ou de la vie moderne.
Les visiteurs pressés passent par dessus la pauvreté réelle du site pour ne regarder que l'apparence typique, les vieilles pierres...
Au petit matin les vieux, croisés dans les ruelles, portent surement en eux les sentiments de leurs grands-pères sur la valeur de l'eau et du peu de terre qu'ils ont à cultiver.

29 / 7 /17
C'est ici, sur ce parking, qu'il a sauté hors de sa monture au moment même où j'allais mettre les lunettes sur mon nez.
C'est ma vision, devenue complètement floue, du quai et des navires, qui m'a révélé que probablement quelque chose clochait.
Tous un attirail de bouts de scotch sur la fine tige de titane était sensé assurer le montage de l'ensemble et cela a tenu jusqu'à ce que des montures vieilles d'une décennie me rendent une vue à peu près floue mais définitivement stable...



Portrait XVI   2017   Peinture à l'huile sur toile


8 / 6 / 17
L'éternuement était fort violent.
La femme a sursauté vivement, touchée par ce cri rauque venu de nulle part.

23 / 5 / 17
Il sait bien, lui - parce qu'il a cette connaissance du temps qu'il fait, de la lumière heureuse ou triste - il sait bien les jours qui seront propices à sa quête. Des fois, les usagers dans la rame verront la vie par le bon bout et auront le courage , la bonne volonté de lui donner une pièce devant le regard des autres.


25 mars 2017
Christine Jansen était résidente - pianiste à la cité internationale des arts. Elle habitait le bâtiment principal, dans un grand studio, avec au centre un grand piano à queue tout noir.
De mon petit atelier situé dans un vieil immeuble, juste enfance, je pouvais voir Christine jouer et même l'entendre.
Nous avons vite fait connaissance et j'ai commencé à fréquenter les musiciens qui vivaient de l'autre côté de la rue. On prenait le métro à Pont Marie et nous filions direct vers la porte d'Italie pour manger chinois. Il y avait un arménien un peu "chaud lapin", un juif américain assez drôle.
Après, j'ai fréquenté un groupe de riches malaysiens. Fa était pianiste. Lui et le groupe qui l'entourait faisaient des virées vers une épicerie fine qu'ils appelaient le "Champagne's shop" et festoyaient ensuite à domicile.
Ils m'ont fait connaître Haruko Ueda qui est devenue plus tard mon amie. Tous le monde disait qu'elle était une "merveilleuse pianiste" et c'était vrai.

dimanche 20 mars 2016

11/7/16
Deux trois jours passés à Montpellier et dans le Vaucluse, le grand saut dans le temps devenu plus flagrant tant ces visites dans le sud sont plus courtes et plus rares.
La démonstration du temps qui change est cette fois frappante quand je la vis en contrepoint de la lecture du "temps retrouvé".
Montpellier-centre, sorte d'immense zone piétonne insipide, sauf à lever les yeux et observer la beauté de cette architecture du sud quand les étages supérieurs ne sont pas touchés par les éléments de décor contemporain faisant cohabiter partout le chrome et la pierre.
Toute l'activité des villes se trouve rejetée à la périphérie, les centres restant une coquille vide et triste. Un trop grand silence, lieu d'accueil au petit patin d'une mendicité timide dans un cadre sale et pollué par les festivités nocturnes.

28/5/16
Quelques céramistes, le corps totalement pris par l'appel nu de la terre.
Tandis que le dessinateur méthodique explique longuement le moyen de réaliser son dessin, juste au millimètre près, selon une technique faisant appel à "la distance précise de 10 millimètres existant au creux des lignes de sa main".

13/5/16
Petite sortie matinale.
La singularité des usagers des transports me submerge.

10/5/16
Il est tout petit dans son ciré jaune. Il lève de grands yeux inquiets et légèrement inquiets sur la plantureuse dame noire qui porte de longues tresses. Un fin tissus coloré moule de haut en bas son corps doublement enveloppé.
Sa mère est bien moins autoritaire que sa gardienne. Il ne sait pas trop encore s'il peut déjà commander celle que ses parents paient.

8/5/16
La petite boite tourne entre ses doigts, petit volume allongé et rectangulaire, prolongé de deux bouts de ficelles effilochées.
Un peu plus loin, dans le panneau d'affichage, tournent les tubes vapoteurs à couleurs acidulées.
Avec la chaleur en cette fin de week-end prolongé, l'insouciance s'affiche et même un certain goût du jeu et des accessoires.
Et l'autre sur la grande affiche, avec ses tatouages et sa mélancolie.

28/4/16
L'immense hangar du chantier Hennaff tout en tôle, accolé à la petite maison de ciment, a sa porte coulissante entrouverte, laissant voir la succession de poutres échafaudées en plusieurs étages de mezzanines. 
Le hangar est vide mais nous l'avons souvent vu habité de la grande armature en bois d'un bateau en construction.

La vérité est que les chiens sont emmenés chaque matin aux abords de la plage et que leurs crottes, à 9 heures, y sont encore fraîches. Les maîtres cependant sont aimables, s'arrêtant presque pour vous saluer, pour vous être agréables.

Sur la gauche après, bien après Léchiagat, le rocher faisant face au club de voile émerge à peine d'une mer bleue transparente.
Quelques zones blanchissant légèrement jusqu'à des nuances de jaune de Naples et le reste faisant alterner dans les aléas du clapot le bleu azur du ciel d'horizon avec le blanc des nuages commençant à nous recouvrir.
Derrière moi, totalement recouvert du voile gris faisant écran, le paysage des terres est devenu sans ombre mais encore très contrasté d'humidité. Le vert, le brun rouge et le jaune de Naples dessinent de larges bandes finissant biseautées.
Et au sol, de petites fleurs roses cohabitent avec l'herbe et le sable.
Après, le vent s'est mis à souffler, un peu de pluie est tombée.
Plus tard, depuis le pont de Léchiagat, le ciel et l'eau du pont s'ouvraient sur un horizon bleu, doublé de la même manière que le nuage blanc cru qui s'y trouvait accroché.




Autoportrait rouge III   2015-16   Peinture à l'huile sur toile


14/4/16
Comme dans un ballet, les pinceaux suspendus en coeur au dessus des tables ou chatouillant doucement les tableaux après s'être goulûment gorgés, à la verticale des palettes.




12/4./16
Cela tient au quartier, aussi bien la forme des corps, les détails sur l'usage qu'on en fait que les accessoires divers manipulés pendant la traversée.
Et les roues sifflent alors que parfois une voix s'élève signalant une personne qui ose en interpeler une autre.



Portrait IV   2014-16  Peinture à l'huile sur toile


7 4 16
Olivier le disait, devant la maladresse affectée de mon trait, que je tenais mon crayon comme si je l'avais saisi pour la première fois. Et il avait raison, mon projet étant alors d'imaginer une continuité renaissante, après le vide des répétitions minimalistes.




23 2 16
Nous irons encore sur les routes avant que le goût ne lui passe.
Pour l'instant, le vent souffle fort et les rafales de pluie s'abattent sur la maison et font mieux comprendre les moisissures et l'humidité installées depuis des mois entre les murs.
Le silence prend la place de la radio et donne à nouveau une ouverture pour tous les possibles.
Quelques mois de pluie ont moisi tous les tableaux rendant mieux sensible l'inutilité de tout ça.




Portrait V   2015-16   Peinture à l'huile sur toile



22/2/16
Au dessus du muret, les noms émergent sur fond de marbre.
Le marbre noir, le plus fréquent, et parfois le marbre brun tacheté comme le poil de quelque bête sauvage.




En même temps que la violence des véhicules qui passent, derrière, sur l'autoroute - chacun produit sa musique en fonction de son volume, de ses roues, de sa vitesse - la plate banalité d'un panneau géant contenant " TOTAL " bouchant une bonne partie de la vue, les voitures s'engouffrant dans son fond et en émergeant aussitôt.
Les modules ronds et noirs derrière le volant, la musique douce perçant les sons de l'autoroute dans l'univers protégé de l'habitacle.

2016  Guilvinec  Aquarelles

12/2/16
C'est un hall assez grand couvert de marbre sur le sol ainsi que sur les colonnes et même, par endroits, sur le plafond.
On s'y rend depuis le boulevard Haussmann pour rejoindre le boulevard des Italiens, à quelque cent mètres de l'autre côté.
Les guichets sont au milieu et c'est dans le hall de sortie que nous nous sommes probablement abrités avec la poussette et tout le barda dans l'attente que cesse la pluie (ou bien c'était l'été et nous nous mettions à l'abri de la chaleur ?).
Deux panneaux géants en forme de portes sont là,intégralement couverts de clous, un peu à la façon de deux grands sacs à main.


Portrait XI   Gravure couleur (7 passages ; manière noire et pointe sèche)


19/1/15
Les petites découpes ont été sélectionnées, taillées et pliées avec soin. Les articles portent sur la radicalisation de certains musulmans et les moyens d'y faire face. Sur la mallette en cuir souple portant une médaille "le Tanneur", les deux mains suivent le fil du texte, dépliant s'il le faut le bout de papier ou le retournant et soulignant au stylo bille les passages les plus significatifs.
D'autres fragments de journaux attendent leur tour pour être épluchés.


 Portrait IV Gravure (Manière noire, eau forte et aquatinte)

12/1/15
La route de Saint-le-Thomas en ce Printemps 1991 m'évoque un peu une route en noir et blanc dans l'immédiate après-guerre.
Avec son asphalte rugueux et ses platanes, elle se mange agréablement sous le phare de ma vieille série 4.
Un coup de fil dans la matinée, alors que j'exécutais le portrait d'un jeune cadre DRH de la société, en a décidé ainsi. Je serais reçu à Saint Jean pour quelques jours avec l'espoir d'apaiser les malheurs de la vie parisienne.
Un bistro placé dans un virage à angle droit et dont la terrasse fait face à la grande ligne droite menant au Mont-Saint-Michel fera étape et coupera en deux ce trajet mené d'un train d'enfer.


2016  Guilvinec   Aquarelle

mercredi 7 janvier 2015

Saint-Sulpice-sur-Lèze, le 29/12/15
Ils racontent l'émigration italienne. Les maisons d'accueil distribuaient la main d'oeuvre, répartissaient les nouveaux immigrés en fonction de leurs besoins, de leurs professions.
Ils se souviennent des grands besoins de travailleurs et de la fête du cochon.
Les noms des villages qui sonnent mélangent le son rocailleux et italien avec d'autres consonances plus gouleyantes du sud-ouest.
La coupe au bol des jours de tonte collective pour les enfants nombreux. "Pour les voisins, c'était pareil! Ils étaient tous coupés..."



"Comme une maison de retraite ... quand on veut prendre le vieux pont, on passe devant le Leader Price... C'est une grande maison, ils sont tous là-dedans, c'est pas donné!".
Il s'agit de la maison de retraite de la Tantine du Château. La nouvelle maison, médicalisée, une de ces nouvelles structures alimentant les fonds de pension. "Avant, ça ne rapportait pas assez! Et puis, pendant la messe des vieux, l'organiste cognait comme une brute sur les touches du clavier pour réveiller les vieux qui s'assoupissaient pendant l'office."

Etrechy, le 20/12/15
Les végétaux poussent sereinement dedans. Les fruits meurent et pourrissent au sol.
Alors qu'au sommet des murs fermant l'enclos, des constructions nouvelles poussent et proposent leurs nouveaux matériaux.





Le Guilvinec, le 17/11/15
Peu de temps avant la fermeture, il est venu et s'est installé devant le bar.
Beaucoup étaient partis et il a commandé une bière qu'il buvait lentement, tourné vers la salle.
Il avait entamé la conversation avec la fille du patron et quand je suis venu payer, j'ai alors eu la confirmation qu'il était bien le propriétaire du 11 mètres accosté un peu plus bas dans le port.
Il avait navigué seul depuis trois mois vers l'Irlande et revenait pour mettre son bateau en calle sèche près de Bordeaux.
Une heure plus tard, lorsque nous sommes passés près du bar alors qu'il faisait nuit, il était encore là, avec une autre bière, à discuter avec la patronne.

24/8/15
"C'est comme ça que ça arrive!", conclue le vieux après avoir longuement débattu avec les autres au comptoir au sujet du gendarme qui est mort, qu'on ne sait pas si c'est quelqu'un du bourg ou un sujet entrevu à la télévision.


Guilvinec   Gravure sur cuivre

18/7/15
Les grands jardins près du chemin partant du camping de Plouhinec.
Bien cernés de murs aux pierres angulaires, pas très hauts, avec des lignes de granit bien dessinées. La ligne au sol souvent rompue de massifs de fleurs osant toutes les couleurs.
Sur le gazon, une bonne dizaine de ballons dispersés et des enfants qui font coucou lorsque l'on passe.
La mer bien plate en contrebas et au loin, alors que dans les champs, à proximité, domine un calme en harmonie avec l'horizon.

16/7/15
Paysages arides sur les terres entre La Torche et Audierne. A proximité du camping, se trouve l'usine à galets, tout près de la mer, toute en béton, et qui a été en activité pendant la deuxième guerre mondiale. Un gros bunker, tout près, est mangé par les vagues lorsque la mer monte.

6/7/15
Dans les carnets de la fin 99, quelques dessins de pointes de javelots faits au Louvre font penser à l'Iliade peinte à la même époque. Ils sont intercalés de banals dessins de gens dans le métro.
Le carnet suivant me montre deux dessins du canal, près de la Villette et, en dos de page, des notes de couleurs pour le tableau "Antoine et Hilarion I".


Portrait III  2015  Huile sur toile  130x89cms


10/6/15
A cette époque, Ernest conduisait la camionnette du magasin, un Citroën en tôle ondulé sans la moindre courbe.
Monsour vivait dans un terrain vague avec quelques chiens rapés. Il n'avait pas de compte en banque et se vantait volontiers de sa fortune faite de petits salaires accumulés dans un coin de sa cabane (un jour, il avait fallu le soigner alors qu'il avait été trouvé à moitié mort des coups qui lui avaient été portés pour essayer de lui prendre son magot).
Bueno était un vigile avec une tête de boxeur. On disait qu'il obtenait des faveurs auprès de certaines caissières qu'il prenait en flagrant délit de vol.

29/7/15
Dans mes premières années à Paris, cette visite avait lieu dans un bureau du logement pour l'attribution d'un atelier d'artiste.
Je revois l'inaccessible personne qui accueillait le requérant plasticien m'écouter, alors que je lui expliquais naïvement ma quête artistique, mes projets de parvenir mieux à traiter du détail en peinture, et cela dans les années 80, en pleine "Ruée vers l'art".
Je revois le sourire intérieur de la jeune femme à l'énoncé de mes préoccupations concernant "le détail".

Etude pour portrait V  2015  Crayons de couleurs

27/5/15
Plusieurs fois, il passe, le nez dans son cours car le BAC approche.
Quand il était petit, il arrivait que son frère le corrige et il semblait alors complètement paniqué. Maintenant, sa barbe est très épaisse et il est resté un peu massif, marchant lentement, enfermé dans son air triste.
Le grand, lui, passe, débordé de décontraction, faisant de temps en temps quelques exercices d'assouplissement du cou, en penchant sa tête ou en la faisant tourner, comme le ferait un grand sportif se préparant pour le grand combat.

22/5/15
Bourru, il poussait les caddies dans le parking du Super M. Il disait être écrivain et ne parlait que de Céline. Au point que nous l'appelions Céline.
Comme l'autre, chez Hachette, un peu mythomane, en charge de l'audiovisuel que tout le monde nommait Godard.

7/1/15
J'avais touché le fond de l'immobilité. Je ne pouvais plus être davantage immobile, sauf à être mort.
Mort pour de bon.



Xausa 2015   Peinture sur toile   160X130cms

5/1/15
Passage du Président de la République dans le poste de radio. Ce qui s'entend et la trace de tout ce qui peut se dire ou se passer entre les différents acteurs qui décident laisse penser que la réalité est sacrément multiple et visible sous différents angles contradictoires !

4/1/15
Retrouver les notes du quotidien, un fil conducteur qui me donne des informations que ma mémoire complètera et en faire usage, si cela est possible, pour les traces ...

Le petit escalier est comme un volume carré qui monte sous les charpentes.
Les enfants en descendent après les jeux, tantôt bruyants, tantôt dans un silence laissant un doute sur la nature de leurs occupations. La maison en face est identique à celle que nous occupons et les visiteurs...
alors le livre sur les planètes s'ouvre sur les schémas et explications concernant le big bang. Les visions rapprochées du soleil montrent de belles photos rouges et jaunes de neutrinos.

Une première fois observées, des roses blanches séchées dans un vase blanc et vide. Des feuilles assez grasses devenues brunes et sèches découpent le haut du bouquet de leur apparence de bâtons disposés en étoile.
Plusieurs bouquets, deux seulement en réalité, posent, minuscules, en deux points de la pièce, n'espérant plus colorer l'espace que pas la mémoire de leur éclat passé.

Etude pour portrait XIV Crayons de couleurs

3/1/15
La réalité composée d'attentes lors des départs, avec de brefs aller-retour chargés ; avec ces regards qui s'échappent à l'occasion d'une sortie d'ascenseur sur l'ombre que fait une feuille avec l'ampoule du vestibule dans la nuit.

Dans le MacDonald, de nombreux corps aux membres épaissis, parfois avec un ventre avancé au point de se glisser difficilement entre la chaise et la table.
Les gens, comme nous, cherchaient une table, envoyaient les enfants réserver des chaises.