vendredi 14 juin 2019



21 8 19
Cette fois, la barque bleue s'engage, pleine face, vers la rive.
La dame assez jeune qui attendait sur la dune avec son petit garçon, tous deux équipés d'un fin gilet de sauvetage, s'est approchée du bord et a embarqué.
Le son du moteur, aigu, de petite cylindrée, s'éteint progressivement jusqu'à ce que l'embarcation, devenue minuscule, se rapproche de la ligne d'horizon.
Un autre est remonté à pied en tirant sa dérive jusqu'à la dune.
Ils ont commenté l'intérieur du seau et devisé du prix de l'écoute achetée le matin même.





Il arrive que ce soit le côté sombre de la serviette, le bleu outremer foncé qui soit visible sur le sable. Mais comme pour les bons jours, je vais parfois lui préférer la face bleu-vert, très claire, ressemblant un peu à la couleur d'un lagon.
Mais celle rappelant le grand large ou le bleu profond sous grand vent n'est pas mal non plus.







17 8 19
Belle parenthèse dans le temps, hier, pour cette journée occupée à rallier Nantes et son aéroport.
Ce qui aurait du être une corvée s'est plutôt transformé en une diversion clairsemée d'imprévus avec les ralentissements que nous avons commenté et les quelques arrêts.
Trois heures dans l'aéroport presque exclusivement occupées devant la baie vitrée à observer le trafic des avions décollant et atterrissant. Nombreux commentaires avec les deux enfants sur toutes les charge partagées entre les petits bonhommes oranges au sol à l'approche de chaque nouveau départ.
L'intrigue aussi, le drame dans un avion qui a beaucoup tardé à repartir, les aller-retour des hôtesses puis de la police sur la passerelle d'embarcation. Les dialogues mouvementés entre les policiers et le personnel naviguant jusqu'à ce qu'un homme soit emmené hors de l'avion.
Et tout cela sans le son, comme une sorte de cinéma muet des temps modernes.







3 8 18
Comment ces outils de notation devraient devenir ce qui précède la fabrication d'un tableau.
Que leur incertitude, leur fragilité restent lisibles dans l'écriture plus aboutie que constitue la peinture.





30 7 19
Le voyage en auto mène directement à Mont-de-Marsan.
L'escale de deux jours me montre les rues aux maisons basses et blanches avec quelques arcades qui me rappellent l'architecture des arènes.




Ensuite vient la Lozère avec ses pentes louvoyantes entre les roches, ses coloris vert-cru ou jaune-paille.
La route vers le Vaucluse est une infinité de petits virages serrés. La Lozère généreuse se métamorphose en peu de temps en une Ardèche plus sèche.
Et les routes droites de la plaine franchissent ensuite le Rhône. Le désordre s'installe pour quelques dizaines de kilomètres puis tout s'embourgeoise après Vaison-la-Romaine.
Panoramas magnifiques en allant vers Buis.






7 7 19 
A un moment donné de sa vie, il a pris sa plume et noté les choses exécutées, mais quelles choses ? Car elles sont innombrables et on se heurte, lorsqu'il s'agit de noter les choses faites, à le même difficulté que de noter les choses observées, à savoir délibérer de ce qui doit être mis de côté, c'est à dire à peu près tout.
Lorsque j'avais souhaité noter à Rouen, en 80 et 81, tout ce qui se trouvait m'environner, je m'étais déjà heurté à ce soucis de l'infinité des espaces et des instants.
Il en va de même d'un journal davantage tourné vers ses propres actes et pourtant l'expérience m'a montré que la démarche était utile et qu'elle profitait abondamment à l'organisation du travail, une sorte de ressort pour l'inspiration.










Ils arrivent, peu de temps après que je sois sorti de la mer, et pourtant il est déjà tard.
J'aimerais qu'ils aient eu l'idée de plonger en me voyant nager.
La fille peut avoir entre douze et quinze ans, mince comme une tige, les cheveux bouclés et des lunettes à grosses montures vissées sur le nez. Elle porte un bikini rouge.
Les parents sont sereins. Toute la famille y a été direct, avec quelques commentaires cependant sur la nécessité de se mouiller un peu avant.
La lumière est devenu transparente depuis un bon moment ; il pourrait bientôt être 21h.




29 6 19
Il a fallu vider la grande malle en tôle avant d'envisager de la transporter...
Sortir tous ces grands et moins grands blocs de dessins de mes débuts à Paris, dans les années 80. Mettre à jour les maladresses de ces dessins, des centaines de croquis s'agrandissant jusqu'au format raisin... ceux-ci relatant ma vie d'alors, les nus ennuyeux attrapés lors d'incursions clandestines dans les beaux-arts de Paris, les plus sympathiques portraits de copines et toutes ces tentatives de paysages dans Paris, avec ponts et jardins...








23 6 19 Buis
L'homme a son petit pendule suspendu au dessus de son journal.
Il en change aussi, pour un plus compact qu'il fait bouger dans un mouvement circulaire, au bas de sa fine chaîne.
Son apparence, sa position me rappellent "l'homme à la pierre Kalako", gravure que j'ai faite, il y a une quinzaine d'années, d'après un des passages de La Tentation de Flaubert.


2003  La pierre Kalako  Gravure




21 3 19
La nuit, au retour d'Asnières, apporte à maintes reprises sa dose de mystères, les troncs jaunis par les réverbères, les canards endormis sur les toits des péniches ... et jusqu'au quai du métro "Pont de Levallois", totalement vide et presque éteint.

3 1 19
Mink Snopes, le criminel du livre de Faulkner "Le hameau", vit un calvaire solitaire de plusieurs jours pour tenter d'échapper à la réalité de son crime et à ses poursuivants. Cela finit par sa capture suivie d'une violente tentative d'évasion.
Au soir de cette journée d'horreur, le cabriolet qui l'emmène arrive à Jefferson et voici ce qu'écrit l'auteur :
"Des hommes, revenant chez eux de leur travail, entraient par de jolies portes fraîchement peintes, et allaient vers des assiettes de nourriture et des tasses de café, dans le long crépuscule naissant."

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... et de sa cellule, Minc aperçoit un groupe de prisonniers noirs que l'on emmène vers les cuisines :
"Est-ce qu'ils vont donner à manger à ces nègres avant d'en donner à un blanc ?" se demande-t-il en respirant l'odeur du café et du jambon.




Snopes : le hameau






Snopes : le hameau (pages 333-334)





Snopes : le hameau (pages 337-339)


Dans le grand silence du trajet de la ligne 9, au petit matin, quelques voix marmonnent des langues orientales qui pourtant portent fort comme une incantation...

mercredi 10 janvier 2018

31/12/18
La mémoire de ce qui reste, entre les moments de silences et le retour du bruit, des mouvements.
À l'extérieur, l'immobilité du paysage gelé, surplombé de brouillard.
L'absence totale de contrastes sur les arbres décharnés et l'herbe endormie par les quelques séjours brefs de la neige, alors qu'aux premiers plans quelques chaises et tables précèdent dans leur détachement plus sombre les contrastes plus forts encore du chassis quadrillé des fenêtres.


Linogravure 2019


27/12/18
C'était le voyage d'avant qu'on me pique la moto, le premier vrai, avec la première nuitée très fraiche sous la tente où il fallait enfiler tous les pulls l'un après l'autre et pisser souvent.
Mais ensuite, en Provence, le camping sur un sol trop dur pour les sardines était plus tiède, déserté et uniquement occupé par les derniers résidents qui ne sont pas si souvent des touristes.
On entre ainsi dans le quotidien et une sorte d'intimité de ceux qui gèrent l'établissement.

23 ou 24/12/18
L'alternance du gros "frout-frout", bruit que fait ma tête enveloppée dans son bonnet, enveloppé lui-même dans sa capuche, le tout émergeant des multiples cols. Cette mécanique coulissant, jonglant entre l'axe de mon motif et celui de la feuille de mon carnet.
(Bien noter aussi les "crics-crics" de mon crayon lorsque ma tête redevient immobile au-dessus de mon dessin).

8/11/18
Rare, extraordinaires, la perspective de deux livres penchés et alignés dans la rame du métro. Ils supplantent le geste en forme de quête (voire de communion) des corps rassemblés autour du téléphone mobile.







10/18
La succession de choses et de sons... et le nom des stations entendu sous tous les tons.
Des choses lourdes et rudes, et parfois comme un rêve, une chevelure longue et aussi blonde que le matériau le plus précieux.




10/9/18
Sur le chemin que je prenais pour me rendre dans le sud de la France, vingt ou trente années ont progressivement transformé l'approche du pont qui précède Sully-sur-Loire, le terre-plein aménagé avec rond-point et le banc où s'installer devant le fleuve me séparant du château.
La longue ligne droite parsemée de nouveaux commerces avec d'immenses parkings. Je n'y retrouve plus la réplique de la tour Eiffel qui trônait quelques dizaines d'années plus tôt dans un petit jardin devant la route.
J'ai voulu, chaque fois que je ne voyageais pas seul, faire partager cette courte étape qui signale pour moi le véritable cheminement vers le Sud.

Dans un restaurant de la Chaise-Dieu, les clients seuls sont mis à l'écart dans une minuscule salle où rien quasiment ne s'offre à la vue si ce n'est l'intimité d'un couple dont je perçois presque toute la conversation.
Retour au camping dans la nuit, encore plus désert et silencieux. Bien plus mystérieux et bien moins triste qu'une chambre d'hôtel. La douche dans les sanitaires sombres et déjà froids, seul et nu au milieu de nombreux lavabos avec l'eau un peu froide qui me revigore.

2/2/18
C'est l'âge d'or !
Tu prends ta voiture, tu l'allumes et elle t'emmène où tu veux, sans effort !


Portrait VI  195 x 130 cms  Huile sur toile  2017

1/2/18
Le bras tendu par la fenêtre de la rame, il se penche vers les voyageurs en sens inverse: "Je te transmets la parole !".

8 1 18
Ils avaient dû construire cette immense maison, à Saint Jean-le-Thomas, au début du XXème siècle.
La serre était en contrebas de la propriété. J'y allais dessiner, comme par le devoir d'en faire usage, puisqu'elle disposait de sujets tout préparés, prêts à être représentés, plantes dans des pots, autant de Matisse que je m'appliquais à introduire dans mes carnets.




28 12 17
Le petit déjeuner dans la grande salle du château de Lagardelle.
Les petite tables carrées couvertes de plastique transparent et les modestes bols, thermos...


vendredi 15 décembre 2017




5 / 8 / 17
C'est un climat qui produit des paysages économes qui s'accommodent assez mal du tourisme rapide ou de la vie moderne.
Les visiteurs pressés passent par dessus la pauvreté réelle du site pour ne regarder que l'apparence typique, les vieilles pierres...
Au petit matin les vieux, croisés dans les ruelles, portent surement en eux les sentiments de leurs grands-pères sur la valeur de l'eau et du peu de terre qu'ils ont à cultiver.

29 / 7 /17
C'est ici, sur ce parking, qu'il a sauté hors de sa monture au moment même où j'allais mettre les lunettes sur mon nez.
C'est ma vision, devenue complètement floue, du quai et des navires, qui m'a révélé que probablement quelque chose clochait.
Tous un attirail de bouts de scotch sur la fine tige de titane était sensé assurer le montage de l'ensemble et cela a tenu jusqu'à ce que des montures vieilles d'une décennie me rendent une vue à peu près floue mais définitivement stable...



Portrait XVI   2017   Peinture à l'huile sur toile


8 / 6 / 17
L'éternuement était fort violent.
La femme a sursauté vivement, touchée par ce cri rauque venu de nulle part.

23 / 5 / 17
Il sait bien, lui - parce qu'il a cette connaissance du temps qu'il fait, de la lumière heureuse ou triste - il sait bien les jours qui seront propices à sa quête. Des fois, les usagers dans la rame verront la vie par le bon bout et auront le courage , la bonne volonté de lui donner une pièce devant le regard des autres.


25 mars 2017
Christine Jansen était résidente - pianiste à la cité internationale des arts. Elle habitait le bâtiment principal, dans un grand studio, avec au centre un grand piano à queue tout noir.
De mon petit atelier situé dans un vieil immeuble, juste enfance, je pouvais voir Christine jouer et même l'entendre.
Nous avons vite fait connaissance et j'ai commencé à fréquenter les musiciens qui vivaient de l'autre côté de la rue. On prenait le métro à Pont Marie et nous filions direct vers la porte d'Italie pour manger chinois. Il y avait un arménien un peu "chaud lapin", un juif américain assez drôle.
Après, j'ai fréquenté un groupe de riches malaysiens. Fa était pianiste. Lui et le groupe qui l'entourait faisaient des virées vers une épicerie fine qu'ils appelaient le "Champagne's shop" et festoyaient ensuite à domicile.
Ils m'ont fait connaître Haruko Ueda qui est devenue plus tard mon amie. Tous le monde disait qu'elle était une "merveilleuse pianiste" et c'était vrai.

dimanche 20 mars 2016

11/7/16
Deux trois jours passés à Montpellier et dans le Vaucluse, le grand saut dans le temps devenu plus flagrant tant ces visites dans le sud sont plus courtes et plus rares.
La démonstration du temps qui change est cette fois frappante quand je la vis en contrepoint de la lecture du "temps retrouvé".
Montpellier-centre, sorte d'immense zone piétonne insipide, sauf à lever les yeux et observer la beauté de cette architecture du sud quand les étages supérieurs ne sont pas touchés par les éléments de décor contemporain faisant cohabiter partout le chrome et la pierre.
Toute l'activité des villes se trouve rejetée à la périphérie, les centres restant une coquille vide et triste. Un trop grand silence, lieu d'accueil au petit patin d'une mendicité timide dans un cadre sale et pollué par les festivités nocturnes.

28/5/16
Quelques céramistes, le corps totalement pris par l'appel nu de la terre.
Tandis que le dessinateur méthodique explique longuement le moyen de réaliser son dessin, juste au millimètre près, selon une technique faisant appel à "la distance précise de 10 millimètres existant au creux des lignes de sa main".

13/5/16
Petite sortie matinale.
La singularité des usagers des transports me submerge.

10/5/16
Il est tout petit dans son ciré jaune. Il lève de grands yeux inquiets et légèrement inquiets sur la plantureuse dame noire qui porte de longues tresses. Un fin tissus coloré moule de haut en bas son corps doublement enveloppé.
Sa mère est bien moins autoritaire que sa gardienne. Il ne sait pas trop encore s'il peut déjà commander celle que ses parents paient.

8/5/16
La petite boite tourne entre ses doigts, petit volume allongé et rectangulaire, prolongé de deux bouts de ficelles effilochées.
Un peu plus loin, dans le panneau d'affichage, tournent les tubes vapoteurs à couleurs acidulées.
Avec la chaleur en cette fin de week-end prolongé, l'insouciance s'affiche et même un certain goût du jeu et des accessoires.
Et l'autre sur la grande affiche, avec ses tatouages et sa mélancolie.

28/4/16
L'immense hangar du chantier Hennaff tout en tôle, accolé à la petite maison de ciment, a sa porte coulissante entrouverte, laissant voir la succession de poutres échafaudées en plusieurs étages de mezzanines. 
Le hangar est vide mais nous l'avons souvent vu habité de la grande armature en bois d'un bateau en construction.

La vérité est que les chiens sont emmenés chaque matin aux abords de la plage et que leurs crottes, à 9 heures, y sont encore fraîches. Les maîtres cependant sont aimables, s'arrêtant presque pour vous saluer, pour vous être agréables.

Sur la gauche après, bien après Léchiagat, le rocher faisant face au club de voile émerge à peine d'une mer bleue transparente.
Quelques zones blanchissant légèrement jusqu'à des nuances de jaune de Naples et le reste faisant alterner dans les aléas du clapot le bleu azur du ciel d'horizon avec le blanc des nuages commençant à nous recouvrir.
Derrière moi, totalement recouvert du voile gris faisant écran, le paysage des terres est devenu sans ombre mais encore très contrasté d'humidité. Le vert, le brun rouge et le jaune de Naples dessinent de larges bandes finissant biseautées.
Et au sol, de petites fleurs roses cohabitent avec l'herbe et le sable.
Après, le vent s'est mis à souffler, un peu de pluie est tombée.
Plus tard, depuis le pont de Léchiagat, le ciel et l'eau du pont s'ouvraient sur un horizon bleu, doublé de la même manière que le nuage blanc cru qui s'y trouvait accroché.




Autoportrait rouge III   2015-16   Peinture à l'huile sur toile


14/4/16
Comme dans un ballet, les pinceaux suspendus en coeur au dessus des tables ou chatouillant doucement les tableaux après s'être goulûment gorgés, à la verticale des palettes.




12/4./16
Cela tient au quartier, aussi bien la forme des corps, les détails sur l'usage qu'on en fait que les accessoires divers manipulés pendant la traversée.
Et les roues sifflent alors que parfois une voix s'élève signalant une personne qui ose en interpeler une autre.



Portrait IV   2014-16  Peinture à l'huile sur toile


7 4 16
Olivier le disait, devant la maladresse affectée de mon trait, que je tenais mon crayon comme si je l'avais saisi pour la première fois. Et il avait raison, mon projet étant alors d'imaginer une continuité renaissante, après le vide des répétitions minimalistes.




23 2 16
Nous irons encore sur les routes avant que le goût ne lui passe.
Pour l'instant, le vent souffle fort et les rafales de pluie s'abattent sur la maison et font mieux comprendre les moisissures et l'humidité installées depuis des mois entre les murs.
Le silence prend la place de la radio et donne à nouveau une ouverture pour tous les possibles.
Quelques mois de pluie ont moisi tous les tableaux rendant mieux sensible l'inutilité de tout ça.




Portrait V   2015-16   Peinture à l'huile sur toile



22/2/16
Au dessus du muret, les noms émergent sur fond de marbre.
Le marbre noir, le plus fréquent, et parfois le marbre brun tacheté comme le poil de quelque bête sauvage.




En même temps que la violence des véhicules qui passent, derrière, sur l'autoroute - chacun produit sa musique en fonction de son volume, de ses roues, de sa vitesse - la plate banalité d'un panneau géant contenant " TOTAL " bouchant une bonne partie de la vue, les voitures s'engouffrant dans son fond et en émergeant aussitôt.
Les modules ronds et noirs derrière le volant, la musique douce perçant les sons de l'autoroute dans l'univers protégé de l'habitacle.

2016  Guilvinec  Aquarelles

12/2/16
C'est un hall assez grand couvert de marbre sur le sol ainsi que sur les colonnes et même, par endroits, sur le plafond.
On s'y rend depuis le boulevard Haussmann pour rejoindre le boulevard des Italiens, à quelque cent mètres de l'autre côté.
Les guichets sont au milieu et c'est dans le hall de sortie que nous nous sommes probablement abrités avec la poussette et tout le barda dans l'attente que cesse la pluie (ou bien c'était l'été et nous nous mettions à l'abri de la chaleur ?).
Deux panneaux géants en forme de portes sont là,intégralement couverts de clous, un peu à la façon de deux grands sacs à main.


Portrait XI   Gravure couleur (7 passages ; manière noire et pointe sèche)


19/1/15
Les petites découpes ont été sélectionnées, taillées et pliées avec soin. Les articles portent sur la radicalisation de certains musulmans et les moyens d'y faire face. Sur la mallette en cuir souple portant une médaille "le Tanneur", les deux mains suivent le fil du texte, dépliant s'il le faut le bout de papier ou le retournant et soulignant au stylo bille les passages les plus significatifs.
D'autres fragments de journaux attendent leur tour pour être épluchés.


 Portrait IV Gravure (Manière noire, eau forte et aquatinte)

12/1/15
La route de Saint-le-Thomas en ce Printemps 1991 m'évoque un peu une route en noir et blanc dans l'immédiate après-guerre.
Avec son asphalte rugueux et ses platanes, elle se mange agréablement sous le phare de ma vieille série 4.
Un coup de fil dans la matinée, alors que j'exécutais le portrait d'un jeune cadre DRH de la société, en a décidé ainsi. Je serais reçu à Saint Jean pour quelques jours avec l'espoir d'apaiser les malheurs de la vie parisienne.
Un bistro placé dans un virage à angle droit et dont la terrasse fait face à la grande ligne droite menant au Mont-Saint-Michel fera étape et coupera en deux ce trajet mené d'un train d'enfer.


2016  Guilvinec   Aquarelle

mercredi 7 janvier 2015

Saint-Sulpice-sur-Lèze, le 29/12/15
Ils racontent l'émigration italienne. Les maisons d'accueil distribuaient la main d'oeuvre, répartissaient les nouveaux immigrés en fonction de leurs besoins, de leurs professions.
Ils se souviennent des grands besoins de travailleurs et de la fête du cochon.
Les noms des villages qui sonnent mélangent le son rocailleux et italien avec d'autres consonances plus gouleyantes du sud-ouest.
La coupe au bol des jours de tonte collective pour les enfants nombreux. "Pour les voisins, c'était pareil! Ils étaient tous coupés..."



"Comme une maison de retraite ... quand on veut prendre le vieux pont, on passe devant le Leader Price... C'est une grande maison, ils sont tous là-dedans, c'est pas donné!".
Il s'agit de la maison de retraite de la Tantine du Château. La nouvelle maison, médicalisée, une de ces nouvelles structures alimentant les fonds de pension. "Avant, ça ne rapportait pas assez! Et puis, pendant la messe des vieux, l'organiste cognait comme une brute sur les touches du clavier pour réveiller les vieux qui s'assoupissaient pendant l'office."

Etrechy, le 20/12/15
Les végétaux poussent sereinement dedans. Les fruits meurent et pourrissent au sol.
Alors qu'au sommet des murs fermant l'enclos, des constructions nouvelles poussent et proposent leurs nouveaux matériaux.





Le Guilvinec, le 17/11/15
Peu de temps avant la fermeture, il est venu et s'est installé devant le bar.
Beaucoup étaient partis et il a commandé une bière qu'il buvait lentement, tourné vers la salle.
Il avait entamé la conversation avec la fille du patron et quand je suis venu payer, j'ai alors eu la confirmation qu'il était bien le propriétaire du 11 mètres accosté un peu plus bas dans le port.
Il avait navigué seul depuis trois mois vers l'Irlande et revenait pour mettre son bateau en calle sèche près de Bordeaux.
Une heure plus tard, lorsque nous sommes passés près du bar alors qu'il faisait nuit, il était encore là, avec une autre bière, à discuter avec la patronne.

24/8/15
"C'est comme ça que ça arrive!", conclue le vieux après avoir longuement débattu avec les autres au comptoir au sujet du gendarme qui est mort, qu'on ne sait pas si c'est quelqu'un du bourg ou un sujet entrevu à la télévision.


Guilvinec   Gravure sur cuivre

18/7/15
Les grands jardins près du chemin partant du camping de Plouhinec.
Bien cernés de murs aux pierres angulaires, pas très hauts, avec des lignes de granit bien dessinées. La ligne au sol souvent rompue de massifs de fleurs osant toutes les couleurs.
Sur le gazon, une bonne dizaine de ballons dispersés et des enfants qui font coucou lorsque l'on passe.
La mer bien plate en contrebas et au loin, alors que dans les champs, à proximité, domine un calme en harmonie avec l'horizon.

16/7/15
Paysages arides sur les terres entre La Torche et Audierne. A proximité du camping, se trouve l'usine à galets, tout près de la mer, toute en béton, et qui a été en activité pendant la deuxième guerre mondiale. Un gros bunker, tout près, est mangé par les vagues lorsque la mer monte.

6/7/15
Dans les carnets de la fin 99, quelques dessins de pointes de javelots faits au Louvre font penser à l'Iliade peinte à la même époque. Ils sont intercalés de banals dessins de gens dans le métro.
Le carnet suivant me montre deux dessins du canal, près de la Villette et, en dos de page, des notes de couleurs pour le tableau "Antoine et Hilarion I".


Portrait III  2015  Huile sur toile  130x89cms


10/6/15
A cette époque, Ernest conduisait la camionnette du magasin, un Citroën en tôle ondulé sans la moindre courbe.
Monsour vivait dans un terrain vague avec quelques chiens rapés. Il n'avait pas de compte en banque et se vantait volontiers de sa fortune faite de petits salaires accumulés dans un coin de sa cabane (un jour, il avait fallu le soigner alors qu'il avait été trouvé à moitié mort des coups qui lui avaient été portés pour essayer de lui prendre son magot).
Bueno était un vigile avec une tête de boxeur. On disait qu'il obtenait des faveurs auprès de certaines caissières qu'il prenait en flagrant délit de vol.

29/7/15
Dans mes premières années à Paris, cette visite avait lieu dans un bureau du logement pour l'attribution d'un atelier d'artiste.
Je revois l'inaccessible personne qui accueillait le requérant plasticien m'écouter, alors que je lui expliquais naïvement ma quête artistique, mes projets de parvenir mieux à traiter du détail en peinture, et cela dans les années 80, en pleine "Ruée vers l'art".
Je revois le sourire intérieur de la jeune femme à l'énoncé de mes préoccupations concernant "le détail".

Etude pour portrait V  2015  Crayons de couleurs

27/5/15
Plusieurs fois, il passe, le nez dans son cours car le BAC approche.
Quand il était petit, il arrivait que son frère le corrige et il semblait alors complètement paniqué. Maintenant, sa barbe est très épaisse et il est resté un peu massif, marchant lentement, enfermé dans son air triste.
Le grand, lui, passe, débordé de décontraction, faisant de temps en temps quelques exercices d'assouplissement du cou, en penchant sa tête ou en la faisant tourner, comme le ferait un grand sportif se préparant pour le grand combat.

22/5/15
Bourru, il poussait les caddies dans le parking du Super M. Il disait être écrivain et ne parlait que de Céline. Au point que nous l'appelions Céline.
Comme l'autre, chez Hachette, un peu mythomane, en charge de l'audiovisuel que tout le monde nommait Godard.

7/1/15
J'avais touché le fond de l'immobilité. Je ne pouvais plus être davantage immobile, sauf à être mort.
Mort pour de bon.



Xausa 2015   Peinture sur toile   160X130cms

5/1/15
Passage du Président de la République dans le poste de radio. Ce qui s'entend et la trace de tout ce qui peut se dire ou se passer entre les différents acteurs qui décident laisse penser que la réalité est sacrément multiple et visible sous différents angles contradictoires !

4/1/15
Retrouver les notes du quotidien, un fil conducteur qui me donne des informations que ma mémoire complètera et en faire usage, si cela est possible, pour les traces ...

Le petit escalier est comme un volume carré qui monte sous les charpentes.
Les enfants en descendent après les jeux, tantôt bruyants, tantôt dans un silence laissant un doute sur la nature de leurs occupations. La maison en face est identique à celle que nous occupons et les visiteurs...
alors le livre sur les planètes s'ouvre sur les schémas et explications concernant le big bang. Les visions rapprochées du soleil montrent de belles photos rouges et jaunes de neutrinos.

Une première fois observées, des roses blanches séchées dans un vase blanc et vide. Des feuilles assez grasses devenues brunes et sèches découpent le haut du bouquet de leur apparence de bâtons disposés en étoile.
Plusieurs bouquets, deux seulement en réalité, posent, minuscules, en deux points de la pièce, n'espérant plus colorer l'espace que pas la mémoire de leur éclat passé.

Etude pour portrait XIV Crayons de couleurs

3/1/15
La réalité composée d'attentes lors des départs, avec de brefs aller-retour chargés ; avec ces regards qui s'échappent à l'occasion d'une sortie d'ascenseur sur l'ombre que fait une feuille avec l'ampoule du vestibule dans la nuit.

Dans le MacDonald, de nombreux corps aux membres épaissis, parfois avec un ventre avancé au point de se glisser difficilement entre la chaise et la table.
Les gens, comme nous, cherchaient une table, envoyaient les enfants réserver des chaises.

samedi 25 janvier 2014

12.5.14
Le rendez-vous était fixé vers 7h, le matin afin de prendre ensemble le chemin qui nous mènerait vite à l'intérieur des bois, en contrebas. Comme chaque fois, des commentaires étaient faits en Italien ou en Vénéto dont les significations seraient, selon les cas, plus ou moins compréhensibles.
Les coins les plus cachés des points de vue habituellement choisis pour les séances sur le motif revêtaient un mystère tout particulier et c'était eux qui portaient le mieux, sans raison particulière, les histoires vraies ou imaginées pour les générations qui s'étaient succédées sur ces collines.
Pour finir, la promenade fut un peu trop courte et les trésors de révélations pas si abondants que ce que les paroles mal comprises de mon interlocuteur aurait pu me faire espérer.

Portrait II  2014  Huile sur toile  100x81cms


15/4/14
Une bonne demi-génération de "voila" qui concluaient tout propos pour le rendre définitif ont débouché, contre toute attente, à cette ouverture qui permet enfin une deuxième partie à la phrase, une sorte de reprise, comme on dit en musique : c'est l'apparition du "du coup".
La pensée du "voila" ramenait toujours la parole à un constat sans appel. Le "du coup" propose une déduction à chaque fait et son usage intensif semble réparer de manière compulsive toutes les frustrations amassées par une bonne décennie de "voila".

24/3/14
Lorsque nous avions huit ou dix ans, c'était le petit chemin que nous prenions après avoir quitté la tour Saint Martin où nous sommes restés presque une année.
Nous le faisions le mercredi après-midi, avec la promesse du petit canard nommé Saturnin qui apparaitrait un peu plus tard sur nos écrans de télé.

25/1/14
Quelques billes colorées l'ont quitté, mais il reste encore, lisible, un titre qui pourrait être "HOLLY LAND" et les dessins, en dessous, sont presque identiques à ce qu'a pu être l'original, deux dromadaires montés dont l'un, couché, ne laisse plus guère entrevoir le personnage qui s'y est assis.

Tandis qu'ils passent, passent et repassent les plus beaux et un peu moins beaux instants de toutes leurs vies plus ou moins réussies, l'attention se contient sur le bel outil de connaissance que finit par être le dessin colorié et pasciemment noté sur l'écran, le témoignage de la lumière qui a été à un moment donnée, captée.

Bien sur, nous n'aimons pas les voir fouiller dans nos poubelles, mais pour bien voir les choses, ce qu'ils font la nuit, porte après porte, est bien plus dur pour eux et plus fatiguant que le travail que nous faisons, nous, le jour.

La veste est jaune canari légèrement orangé qui enferme une tenue intégralement noire. Les cheveux de la vieille dame sont un peu clairsemés, teints en brun rouge.
Tout à fait dessinable mais vite masquée par la femme voilée vêtue aussi de noir. Le fin fil blanc du téléphone coupe sa silhouette en deux moitiés, dans sa verticalité.